V
Tout cela était bel et bon. Mais une chose n’allait pas bien, une pénible pensée se débattait en moi depuis la nuit et ne me sortait pas de la tête. Ceci : quand j’avais rencontré, la veille, cette malheureuse sous notre porte cochère, je lui avais dit que je quittais la maison, qu’il faut construire son nid loin des méchants, et que Versilov était fertile en enfants naturels. De telles paroles d’un fils sur son père étaient pour affermir tous ses soupçons touchant Versilov et la prétendue insulte.
J’accusais Stiébielkov… C’était peut-être moi le principal coupable… Tout d’abord, la chose m’avait paru moins grave : je me disais qu’il y avait tant de matières inflammables dans cette âme-là qu’elle était vouée à l’explosion. Que l’étincelle vînt d’ici ou d’ailleurs, quelle importance cela avait-il ?… Ma responsabilité me paraît aujourd’hui moins légère…
… Hé ! ce n’est rien, cela passera ! Je me remettrai, je rachèterai cela par quelque chose… par une bonne action… J’ai encore cinquante ans devant moi !
Mais l’idée continuait à se débattre.